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De l’ancêtre
nous avons gardé
un front bas
et l’ intelligence
fondue au paysage
insensibles aux sarcasmes
nous habitons toi et moi
des formes différentes
tu vis drapée dans le suroît
moi sapé en guerrier
tous deux nous hantons
les hauts plateaux
où la charogne
fait prospérer le vautour
étoiles et comètes
se gaussent de nous
soudain terrible secousse
la terre se met à tourner
avec telles force
et conviction
que pas un seul corps
flottant ou divagant
ne lui échappe
ainsi captés
ils ne font
bientôt plus qu’un
il règne indivisible
adieu formes geôlières
très vite ne sommes plus
que passage
mouvement
à elle seule notre présence
peuple le futur tout entier
aujourd’hui
dans la confusion infinie
des personnages
temps lieux modes
il nous importe peu de savoir
si pour aimer nous regarderons
devant ou derrière
ce matin
nous nous sommes retrouvés
au coin de la mémoire
sur un banc de bois
il fait bon
y prendre le soleil
nous le goutons
avec gourmandise
ce n’est pas
un quelconque Phébus
il est le nôtre
il est notre constance
CEA
Là où les hommes s'agglutinent
Là où ils s'organisent
se tyrannisent
se désobligent
autour de leurs mines
de leurs églises
de leur bêtise
qu'ils érigent
en monuments pâles
en arches triomphales
jusqu'autour de leurs villes
de leurs bidonvilles,
Là où ils vivent
Là où ils meurent
pousse une étrange fleur
qu'ils cultivent.
Une fleur qui fait ses lois
ses prix ses crimes et ses croix
ses places ses cours ses escaliers
ses légions, ses déclarations
ses demoiselles et ses garçons
ses tables et présidents
ses affaires et engagements
Une fleur qui fait son vin
dont ils se piquent
en vain
une fleur épique
qui préfère les fronts aux coeurs
une fleur qui pue
une fleur
qui tue...
Laurent Chaineux
Hirsute et belliqueuse
c’est elle
la bête obscène de la nuit
qui met en pièces
les caresses des amants
et pousse devant elle
accrochés à ses babines
des festons d’écume rouge
son poil garde les effluves
de nos rêves déchiquetés
ils ont la pestilence de la charogne
chaque soir elle quitte sa tanière
et parcourt les quais
des chenaux glacés
qui quadrillent la ville
comme la grille
d’ un judas
elle cherche l’issue
mais ne la trouve pas
Entre Viznar y Alfacar
Où ils ont assassiné F. G.Lorca
CEA
Tu remues les lèvres
je crois entendre un chant
toute criblée d'ions
tu t’es mise à vibrer
j'esquisse un premier pas
et c'est un pas de danse
ça tangue bascule et roule
glisse par pans entiers
de jour en nuit
tu traverses midi
qui croule
sous les grillons
quel est ce vertige
qui de haut me saisit
à contrejour
à contresens
tant de beauté
c'est une immolation!
que veut donc
cet enfant qui gueule
tapi en moi
qui braille
quand la mort obtuse
déjà fait feu
des deux fuseaux
CEA
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